Telle est au fond, la conviction qui anime Philippe MARINI dans ce livre. L'élection présidentielle de 2007 a marqué la fin d'une période. Refusant le consensus mou, Philippe Marini appelle à une rupture libérale, c'est-à-dire un retour en force de la volonté politique, en opposition aux "déclinologues" ou aux rêveurs!
Actualités Nationales
Sur le plan national, Philippe Marini Sénateur de l'Oise (Picardie) occupe les fonctions suivantes :
Rapporteur Général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation
Membre du Groupe Union pour un Mouvement Populaire
Secrétaire Général de la Section française de l'Assemblée parlementaire de la francophonie (A.P.F.)
Membre du Groupe français de l'Union Interparlementaire (U.I.P.)
Membre de la Commission d'évaluation des dispositifs de défiscalisation et d'exonération des charges sociales outre-mer
Membre de la Conférence nationale des finances publiques
Membre de la Conférence économique annuelle (ancienne Commission des comptes et budgets économiques de la nation)
Ennemis hier, alliés demain ? Les opérateurs
télécoms et le monde de la culture pourraient voir leurs intérêts
converger avec l'invention de nouvelles taxes ciblant les sociétés
Internet. La fiscalité du numérique est au coeur d'un débat qui se
tient aujourd'hui au Sénat sous la houlette de Philippe Marini. Le
président de la commission des Finances était déjà à l'origine d'un
projet de « taxe Google » abandonné l'été dernier, car cette
disposition aurait pesé sur les annonceurs français plutôt que sur les
géants du Net basés à l'étranger. « Cette première tentative a joué son rôle dans la prise de conscience actuelle », explique Philippe Marini, qui compte déposer une proposition de loi « dans les semaines à venir ».
Le
constat de départ n'a pas varié depuis la « taxe Google » : les acteurs
Internet se jouent du fisc français. Apple opère sa boutique de
contenus en ligne iTunes depuis le Luxembourg, ce qui lui permet
d'échapper à la TVA à 19,6 % que paient les opérateurs télécoms
commercialisant du « triple play » ou les acteurs proposant des
services de musique en ligne. Quant à Google,
même si la société crée un centre culturel à Paris, elle déclare son
chiffre d'affaires en Irlande, où elle est basée. Les géants de
l'Internet échappent ainsi à l'impôt sur les sociétés et à une myriade
de taxes assises sur les revenus. « Les acteurs Internet étrangers
captent l'essentiel de la croissance dégagée sur les réseaux, tout en
étant largement défiscalisés, explique Pierre Louette, le secrétaire
général de l'opérateur historique. Selon certaines estimations, Google
payerait 3 à 4 millions d'impôts par an en France en 2011 quand France Télécom en verse 4 milliards. »
La
situation a changé depuis que Free Mobile est arrivé avec son forfait à
prix cassé. Certains opérateurs anticipent une baisse de 20 % de leur
chiffre d'affaires dès cette année. L'assiette de la taxe sur les
services de télévision qui finance le Cosip (compte de soutien à
l'industrie des programmes audiovisuels) risque de fondre, de même que
pour la taxe qui finance l'arrêt de la publicité sur France
Télévisions. « Si on laisse croître l'évasion fiscale, les
victimes seront les Etats qui devront élever la pression sur des
assiettes qui se réduisent », résume Philippe Marini.
Pour
France Télécom, la solution consisterait à élargir l'assiette de la
taxe de 2003 sur la publicité radiodiffusée, afin qu'elle s'applique
aux sociétés qui vendent des contenus ou de la publicité « consommés »
en France. Par ailleurs, l'opérateur propose de créer une taxe non
affectée sur la publicité en ligne. C'est un peu la « taxe Google 2 »,
sauf qu'au lieu de frapper au porte-monnaie les annonceurs, incapables
de répercuter ces coûts auprès de Google, on vise directement le géant
de la publicité en ligne. Comment comptabiliser le chiffre d'affaires
réalisé en France ? En recensant les pages Web chargées à partir d'une
adresse IP française.
Ovni législatif dans le ciel fiscal
Cette
proposition, soutenue par la Fédération française des télécoms et par
Philippe Marini, va toutefois être difficile à mettre en oeuvre. Elle
suppose que chaque annonceur déclare à Bercy un volume publicitaire
réalisé avec chaque régie en ligne, puis que le fisc, muni de ces
chiffres, réclame son dû au « représentant fiscal » de Google ou de
Facebook en France. Or cette fonction, qui est celle du préposé à la
TVA, n'existe pas dans ces sociétés Internet puisqu'elles versent leur
TVA dans d'autres pays. Et elles ne sont pas pressées de la créer. Une
directive européenne prévoit de rendre obligatoire la perception de la
TVA dans le pays de consommation (donc en France), mais elle ne sera
pas transposée avant 2017 au plus tôt. « Google finance Versailles
et projette de créer des emplois chez nous ; il sera dans son intérêt
de créer un représentant fiscal », assure pourtant Pierre Louette.
De
son côté, SFR préconise une taxe sur les mégaoctets entrants. A
l'entrée de son réseau, chaque opérateur mesure très précisément le
volume de données envoyé par les autres opérateurs... ou par les
serveurs de Google. Les opérateurs télécoms pourraient ainsi devenir
collecteurs d'impôt pour le compte du Trésor public. Cela permettrait
de faire payer la taxe finançant le Cosip ou celle sur la copie privée
à des acteurs qui y échappent. Mais également de rendre les sociétés
Internet plus attentives à la voracité en bande passante de leurs pages
ou de leurs applications Web. Après l'exception Hadopi, la France
pourrait se distinguer par un nouvel Ovni législatif. Mais, après tout,
n'est-ce pas un Français qui a inventé la TVA ?
publié le 13 févr. 2012 07:32 par Damien Deneuville
Auteur d'un rapport en 2008 sur l'ISF, vous êtes un bon
connaisseur du phénomène de l'expatriation fiscale dont la rumeur dit
qu'elle explose en ce moment. Info ou intox ?
Effectivement, on m'en parle beaucoup depuis le début de l'année,
c'est le sujet en vogue des dîners en ville. Je suis en contact
fréquent avec des gestionnaires de fortune, des avocats fiscalistes et
ils me disent tous qu'ils sont particulièrement sollicités. Tous les
capteurs passent dans le rouge même si la comparaison avec 1981
me semble, pour le moment, un peu excessive, au moins prématurée...
Pour avoir des certitudes, il faudrait avoir des statistiques.
Pourtant, des chiffres sont donnés par Bercy, qui font état d'environ 810 départs (et 340 retours) en 2009, un niveau stable...
Ces chiffres datent de 2009, ils sont vieux et l'administration les
interprète à minima. Ceux de 2011 devraient être bien plus
spectaculaires mais on ne les aura que dans deux ans ! Globalement, je
constate quand même qu'on est passé d'environ une expatriation par jour
au début des années 2000 à plutôt deux quotidiennes aujourd'hui. Et
cela ne prend pas en compte les propriétaires ou actionnaires
d'entreprises, biens professionnels exonérés d'ISF, et qui s'exilent
pour vendre et éviter à la fois l'impôt sur les plus-values et l'ISF
sur le produit de la vente. Une autre catégorie n'est pas comptabilisée
: les cadres supérieurs prometteurs, qui s'expatrient à Londres,
Singapour ou ailleurs et qui sont encore sous la barre de l'ISF mais y
seraient arrivés s'ils étaient restés en France.
Peut-on, selon vous, attribuer cette inflation des intentions de départ à un "au secours la gauche revient" ?
Il y a déjà eu un alourdissement sensible de la fiscalité du
patrimoine depuis un an : les prélèvements sociaux ont grimpé et le
régime d'imposition des plus-values s'est durci. Pour les plus
fortunés, à partir d'une certaine taille de patrimoine, c'est une
question d'ensemble : ils ont compris que les finances publiques en
France sont mauvaises, que les hausses d'impôts sont inéluctables et
aussi que, pour faire passer cette pilule amère auprès des classes
moyennes, ils seront plus particulièrement appelés à contribuer. Là où
il y a bien un "effet Hollande"
c'est que le candidat socialiste, non content de les faire payer, les
cible voire les stigmatise, renouant avec ce discours "anti-riches" si
cher à la gauche... et si contre-productif pour l'économie du pays.
Cependant, le bouclier fiscal qui était présenté par le gouvernement comme un dispositif pour ramener les grandes fortunes en France, n'a pas eu beaucoup d'effet...
On peut voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein car il est
probable que ce mécanisme a au moins prévenu l'accélération des
départs. Le gouvernement avait trouvé un point d'équilibre en baissant,
en compensation, les taux de l'ISF.
Mais François Hollande veut revenir dessus et là, c'est la goutte qui
fait déborder le vase. L'état d'esprit des plus fortunés, les
entrepreneurs, propriétaires d'entreprises, hauts cadres, est établie :
la politique fiscale française n'est pas "business friendly", elle est
perçue comme indécrottablement punitive et anti-économique. On sent un
ras-le-bol face à un modèle social dispendieux et face à la timidité
pour réduire la dépense publique. Du coup, alors que les capitaux sont
mobiles, les riches préfèrent voter avec leurs pieds... et leur argent
ira s'investir ailleurs.
publié le 13 févr. 2012 05:19 par Damien Deneuville
La taxe Google pourrait bien revoir le jour en France. Lancée au début de 2010, cette tentative de taxer les géants américains de l'Internet - au premier rang desquels le moteur de recherche, d'où ce nom, mais aussi Apple, eBay, Amazon... - à la hauteur des revenus qu'ils réalisent dans l'Hexagone a connu de nombreux aléas, avant d'être abandonnée, à l'été 2011.
Pourtant, beaucoup, dans le secteur de l'Internet, des
télécommunications et de la culture n'ont pas renoncé. Le colloque sur
la "fiscalité numérique", organisé mardi 14 février au Sénat, sera
l'occasion de faireémerger
de nouvelles pistes. Il est parrainé par Philippe Marini (UMP), le
président de la commission des finances du Sénat, à l'origine de la
première "taxe Google". M. Marini assure vouloir utiliser ces travaux pour préparer une autre proposition de loi.
Deux pistes seront évoquées mardi. Il s'agirait d'abord d'étendre
aux acteurs de l'Internet les taxes existantes affectées à la culture,
comme celle sur la copie privée versée aux ayants droit, ou celle
allant au compte de soutien à l'industrie des programmes audiovisuels
(Cosip).
PROFITS CONSIDÉRABLES
Il s'agirait aussi d'introduire
une nouvelle taxe sur les revenus publicitaires en ligne, qui,
contrairement à la taxe Google première mouture, serait applicable aux
régies publicitaires. Pour se faire, une obligation de déclaration d'un représentant fiscal sur le territoire serait introduite (à partir d'un seuil à définir pour ne retenir que les "gros" acteurs), sur le modèle du droit français pour les sites de jeux en ligne agréés.
Les données du problème n'ont pas changé. Google, Apple, eBay ou
Amazon réalisent des chiffres d'affaires et des profits considérables,
notamment en France. Mais ils sont peu taxés dans l'Hexagone parce
qu'ils ont, dans un souci d'optimisation fiscale (légale), installé
leurs sièges comptables dans des pays à fiscalité avantageuse.
C'est le cas de Google, qui réalise pas loin de 1 milliard d'euros
de chiffre d'affaires publicitaire en France, mais les encaisse pour
l'essentiel en Irlande et paie un impôt sur les sociétés très faible en
France. Ou d'Apple, qui a domicilié sa plate-forme de distribution de
musique et de films iTunes au Luxembourg, où il est soumis à une TVA
plus faible. Il y a deux ans, c'est surtout le monde de la culture qui
prônait davantage d'équité fiscale. Les éditeurs (musique, livres)
dénonçaient à la fois une injustice et une menace pour l'exception
culturelle française : handicapés par une fiscalité pénalisante, ils ne
disposaient pas des énormes moyens de leurs concurrents.
La réflexion législative a duré toute l'année 2010, et s'est
traduite par deux amendements dans la loi de finances 2011. Le premier
créait une taxe sur la publicité en ligne, due par les annonceurs,
égale à 1 % du montant hors taxe de la prestation. Le deuxième
introduisait une taxe sur les services de commerce électronique,
également due par les professionnels.
Le premier amendement, malgré sa faible portée (rentrées fiscales de
20 millions d'euros en 2010), a suscité une forte opposition du monde
de l'Internet. Celui-ci dénonçait un texte qui se trompait de cible.
A la demande du gouvernement, son application a d'abord été repoussée au 1er
juillet 2011. Puis, il a été supprimé en loi de finances rectificative
pour 2011. Le second amendement a aussi été retiré, le gouvernement
voulant "engager une réflexion globale".
GUERRE DES PRIX
Aujourd'hui, c'est la Fédération française des télécommunications
(FFT) qui est à la manoeuvre. Son directeur général, Yves le Mouël,
dénonce un secteur soumis à une " surfiscalité", évaluée à 1,2 milliard d'euros par an pour l'ensemble des opérateurs de télécommunication : "taxe télécom", pour financer
l'audiovisuel public, suite à la décision de l'arrêt de la publicité
sur France Télévision ; taxe sur les services de télévision contenus
dans les offres "triple play" ou sur les forfaits mobile des
opérateurs, affectée au Cosip ; et enfin la "copie privée", allant aux
ayants droit.
Cette "surfiscalité" est d'autant plus pénible aux yeux des opérateurs que leur croissance a ralenti et qu'ils viennent de s'engager dans une guerre des prix, suite à l'arrivée, mi-janvier, d'un nouveau concurrent dans le mobile, Iliad. "
Il y en a assez qu'on nous prenne pour des "deep pocket" (vache à
lait). Certes, on réalise des marges de plus de 20 %, mais si elles
n'étaient que de 5 %, nous n'investirions pas 6 milliards d'euros par
an dans nos réseaux !", relève M. le Mouël. Il n'est pas juste,
selon lui, que Google, Microsoft et consorts échappent à ces impôts
spécifiques alors qu'ils proposent des services assimilés à des
services télécommunications (annuaires, visioconférence...).
Le taux d'imposition applicable pour la nouvelle taxe sur les
revenus publicitaires en ligne, qui concernerait les régies
publicitaires, n'est pas encore fixé. "Il sera faible, c'est une mesure de principe", assure-t-on à la FFT.
En 2011, les dépenses publicitaires en ligne ont atteint 2,6 milliards d'euros en France. "Il s'agit de produire des textes transitoires en attendant une harmonisation fiscale européenne qui n'est censée intervenir qu'à partir de 2015", ajoute-t-on dans l'entourage de la FFT.
publié le 7 févr. 2012 10:42 par Damien Deneuville
Certes,
nous ne sommes pas en 1981, avec ses départs précipités, au lendemain
du 10 mai, de Français fortunés glacés par la perspective d'un
gouvernement "socialo-communiste". Le mur de Berlin est tombé. Le Parti communiste ne fait plus peur à personne. L'alternance a été apprivoisée.
Mais la tentation de l'exil est là et les expatriations fiscales se multiplient en vue de l'élection présidentielle. "Je vais demander à mon agent immobilier d'estimer la valeur de mes appartements et de mes vignobles en France, explique un chef d'entreprise français d'origine libanaise, spécialisé dans l'industrie de produits chimiques. Et
j'attendrai le 22 avril de voir comment se passent les choses. Si elles
sont défavorables à mes intérêts, je lui demanderai de tout liquider et
j'irai m'installer aux Etats-Unis, où l'on respecte les personnes et
les revenus des gens qui travaillent."
Il n'est pas un cas isolé. Tous le disent : conseils en gestion de
patrimoine, avocats fiscalistes, agents immobiliers spécialisés dans le
haut de gamme. "Nous n'avons jamais vu autant de gens partir à
l'étranger. Des clients qui redoutent les élections et craignent que ce
soit pire après, quel que soit le vainqueur", témoigne un grand assureur français.
La décision officielle de supprimer le bouclier fiscal, prise par
Nicolas Sarkozy le 12 avril 2011 pour satisfaire sa majorité
parlementaire, a fait l'effet d'une douche froide sur les plus riches
de nos compatriotes. Il y a eu un accroissement et une accélération "considérable"
des demandes de délocalisations à partir du moment où, au début de
l'année, le revirement présidentiel est devenu plausible, assurent des
avocats parisiens dans un rapport confidentiel sur l'expatriation
fiscale, qui date du mois de mars 2011.
"UN REGAIN D'INTÉRÊT"
Depuis lors, ce courant ne faiblit pas. Le budget 2012 et les plans
Fillon dits d'équilibre des finances publiques du 24 août et du 7
novembre 2011 n'ont pas rassuré. Ils prévoient des rafales de hausses
d'impôts : la contribution sur les hauts revenus, l'augmentation des
prélèvements sociaux sur les revenus du capital, l'alourdissement des
droits de succession ou de la fiscalité sur les dividendes et les
intérêts…
Stéphane Jacquin, directeur de l'ingénierie patrimoniale de Lazard Frères Gestion, constate "un regain d'intérêt" de ses clients pour une éventuelle délocalisation "depuis la réforme de la fiscalité du patrimoine à l'été 2011 et, dernièrement, à l'approche des échéances électorales". "Certains
préparent leur départ. Ce sont aussi bien des gens qui ont récemment
vendu leur entreprise que des détenteurs d'un patrimoine d'origine
familiale que l'on appelle le 'old money'. On voit même des personnes
ayant un patrimoine inférieur au seuil de la dernière tranche de
l'ancien barème de l'ISF [impôt de solidarité sur la fortune], soit 16 millions d'euros, envisager de se délocaliser", analyse-t-il.
Son témoignage est corroboré par celui d'Eric Vincent, de l'agence Paris-Rive gauche-Emile Garcin. "Nous
avons des clients qui réfléchissent sérieusement à leur déménagement en
prévision des élections. Ils nous demandent d'estimer leurs biens en
France et, dans la conversation, on comprend que c'est parce qu'ils
réfléchissent à une expatriation. Ce sont des gens de catégorie sociale
assez élevée qui ont des postes ou des fonctions très importantes dans
des conseils d'administration ou des entreprises", raconte cet agent immobilier.
La possibilité d'une victoire à la présidentielle du candidat
socialiste, dont le projet de réforme fiscale cible les grandes
entreprises et les plus fortunés, n'arrange pas leurs affaires. Thierry
Chomel de Varagnes, directeur associé de l'agence Paris-Rive gauche de
Barnes, est catégorique : "J'ai des clients qui m'ont dit
clairement que s'il était élu, ils reverraient leur organisation
patrimoniale et quitteraient la France."
LES ACTIFS AUSSI S'INTERROGENT
François Hollande a prévu de revenir dans une large mesure sur
l'allégement de l'ISF consenti par Nicolas Sarkozy en contrepartie de
la suppression du bouclier fiscal. Il veut supprimer le prélèvement
forfaitaire libératoire sur les dividendes et les intérêts et taxer
ceux-ci comme les revenus du travail. Il ne reviendra pas sur la
contribution sur les hauts revenus décidée par le chef de l'Etat et
portera même à 46 % (contre 45 % actuellement) la tranche marginale
d'imposition pour les plus hauts revenus (à partir de 500 000 euros par
part). "Avec de telles propositions, l'ensemble des revenus
financiers d'un patrimoine rapportant 5 % par an sera absorbé par les
impôts. Il sera donc difficile de maintenir son patrimoine et de le
protéger contre l'inflation", analyse Stéphane Jacquin.
Les détenteurs de patrimoines familiaux ne sont pas les seuls
concernés. Les actifs aussi s'interrogent. Dans un rapport de 2008 sur
l'ISF, Philippe Marini, sénateur UMP de l'Oise, avait souligné que le
cap des deux délocalisations fiscales par jour avait été largement
franchi en 2006 (843 en 2006, contre 666 en 2005). Le rapporteur
général de la commission des finances du palais du Luxembourg avait
constaté que la moyenne d'âge des redevables à l'ISF délocalisés était
de 54 ans (contre 66 ans en moyenne pour les redevables à l'ISF). Les
contribuables qui se délocalisent, analysait-il alors, sont des
entrepreneurs, qui disposent à la fois de capitaux et d'expérience,
plutôt que des retraités.
Ce constat est partagé par les auteurs du rapport sur l'expatriation
fiscale de mars 2011. Ceux-ci ont observé un rajeunissement des "exilés fiscaux"
et une diminution significative de la taille de leur patrimoine. Ils
expliquent cette évolution par le souci de ces actifs, souvent
propriétaires-dirigeants et managers d'entreprises, d'échapper à la
taxation des plus-values de cession de participations. "Un chef
d'entreprise qui vend son affaire peut accepter d'acquitter l'ISF parce
qu'il cesse d'être exonéré sur ses biens professionnels. Mais il ne
supporte pas de laisser un tiers de sa plus-value au fisc", témoigne, sous couvert d'anonymat, un avocat fiscaliste renommé.
VERS LA BELGIQUE, LA SUISSE ET LE ROYAUME-UNI
Les destinations les plus fréquentes des candidats au départ sont la
Belgique, la Suisse et le Royaume-Uni. Ces trois pays présentent
l'avantage d'être proches de la France et bien plus attractifs sur le
plan fiscal. Hélène Van de Velde est responsable de l'agence Emile
Garcin de Bruxelles. "Depuis le début de cette année, témoigne-t-elle,
nous avons de plus en plus de demandes de renseignements de clients qui
cherchent à savoir quels sont les prix, quels sont les bons quartiers."
En Belgique, il n'y a ni ISF, ni taxe sur les revenus locatifs, ni
plus-values sur les actifs financiers. La taxation des dividendes et
intérêts est nettement moins élevée qu'en France, tout comme
l'imposition des successions. "Ici, on est très taxé sur le travail et moins sur la fortune, poursuit-elle.
Beaucoup de Français viennent s'installer en Belgique tout en
travaillant en France car une heure vingt de TGV entre Bruxelles et
Paris, c'est parfois moins long qu'un trajet embouteillé entre Neuilly
et Paris."
Mais le paradis des plus fortunés restent sans conteste le
Royaume-Uni et la Suisse. Outre-Manche, le régime fiscal dit des
résidents non domiciliés permet à tout non-Britannique s'installant au
Royaume-Uni de n'être imposable que sur les revenus dégagés ou
transférés dans ce pays. "Les gens s'installent à Londres et
mettent leur patrimoine au Luxembourg ou en Suisse. Ils échappent ainsi
à toute l'imposition sur les revenus ou les plus-values", explique Stéphane Jacquin.
S'installer en Suisse peut prendre du temps. Mais le jeu en vaut la
chandelle ! Il faut préalablement demander un permis d'établissement,
l'équivalent d'un visa à durée limitée auprès de la commune d'arrivée –
sachant que les vingt-six cantons ont tous leurs propres règles, leur
police, leur justice et leur fiscalité –, avant d'aller négocier son
forfait fiscal.
C'est-à-dire le montant annuel de l'impôt à verser. Cette spécialité
helvétique permet aux riches étrangers d'être imposés selon leur train
de vie (frais de logement, d'habillement, dépenses en cures ou
vacances, frais d'entretien de yacht, avions privés et limousines,etc.)
et non en fonction de leurs revenus et de leur fortune.
L'ANNÉE 2012 S'ANNONCE EXCEPTIONNELLE
Et le montant du forfait peut aussi dépendre de la volonté de
l'expatrié de financer une place publique ou une école, par exemple.
Les cantons de Genève, de Vaud et du Valais sont devenus champions en
la matière, alors qu'à Zurich ce système, jugé trop injuste, a été
aboli par un référendum cantonal.
Quelque 5 500 personnes en ont bénéficié en 2010, dont 2 000
Français selon les estimations, rapportant à la Suisse 668 millions de
francs (553,9 millions d'euros). Dans sa liste des "300 plus riches" pour 2011, le journal Bilan a recensé 43 exilés français, dont deux nouveaux arrivants, qui disposent d'un patrimoine supérieur à 100 millions de francs.
L'avocat vaudois Philippe Kenel, star en la matière, avoue avoir
aidé une trentaine de Français à passer la frontière en 2011. L'année
2012 s'annonce exceptionnelle. Pour le seul mois de janvier, il a monté
le dossier de dix personnes, des Français dont la fortune dépasse les
10 millions d'euros, et qui "comprennent bien que l'Etat français
a besoin d'argent, et qu'on ne les laissera pas tranquilles, quel que
soit le vainqueur à l'élection présidentielle".
A Genève et ailleurs, le business de la délocalisation, également
porté par les craintes suscitées par la crise de la zone euro, se porte
à merveille. Comme Me Kenel, des bataillons d'avocats, de
conseillers fiscaux et de banquiers s'activent depuis quelques mois
pour satisfaire les interrogations et les besoins de Français fortunés
qui veulent sauter le pas avant la présidentielle.
"Beaucoup n'ont pas encore pris la décision finale, mais ils ont déjà sur leur table de nuit le dossier constitué",
témoigne le responsable d'un family office (gestionnaire de patrimoine
familial) qui compte parmi ses clients de très riches industriels. "Nous nous préparons à leur arrivée, car les vaches à lait maltraitées finiront par aller brouter chez nous",
ajoute-t-il, avouant que certains de ses collègues se frottent les
mains et vont même jusqu'à souhaiter la victoire à l'élection
présidentielle du socialiste François Hollande.
Claire Guélaud et Cécile Prudhomme avec Agathe Duparc (à Genève)
publié le 2 févr. 2012 01:58 par Damien Deneuville
Le sénateur Philippe Marini fait de la fiscalité numérique un axe de travail de la commission des finances du Sénat qu'il préside. Suite à la suppression de la taxe sur la publicité en ligne dans le collectif budgétaire de 2011, il parrainera, le 14 février au Sénat, le premier forum parlementaire sur ce sujet. Une centaine d'acteurs d'Internet, de hauts fonctionnaires, de fiscalistes et d'élus y participeront. L'objectif est d'aider l'Etat à fiscaliser les activités numériques des internautes français profitant à des sociétés étrangères et de faire émerger un nouveau projet de taxation de la publicité en ligne. Entre autres pistes qui seront débattues : taxer le nombre de clics, celui des pages lues ou bien les achats effectués. Ce forum pourrait se transformer en groupe de réflexion permanent, en coordination avec d'autres Assemblées de pays de l'UE.
publié le 25 janv. 2012 08:13 par Damien Deneuville
[
mis à jour : 26 janv. 2012 00:29
]
Quand vers 9 heures la plupart des membres du Sénat arrivent au palais du Luxembourg, à Paris, Philippe Marini, le sénateur-maire UMP de Compiègne, est déjà dans les murs depuis longtemps.
Devant un café et quelques viennoiseries, il s’entretient déjà avec
Michel Casals, président de la chambre de commerce franco-libyenne.
Le rendez-vous doit prendre fin à 9h30 précises pour permettre ensuite
à Philippe Marini d’aborder la situation économique de la France avec
Hugo Shorter, ministre conseiller à l’ambassade de Grande-Bretagne à
Paris. Là non plus, la discussion ne doit pas s’éterniser. La réunion
du bureau du groupe UMP est en effet prévue à 10h30. Tout est réglé
comme du papier à musique et s’enchaîne à un rythme soutenu, mais
l’ancien inspecteur des finances semble y être habitué depuis bien
longtemps.
Sénateur depuis 1992, rapporteur général du budget pendant treize
ans et désormais président de la commission des Finances, Philippe
Marini est décrit comme un travailleur acharné. La preuve est là, s’il
en était besoin. « C’est un boulimique de travail. Il ne s’arrête
jamais. En général, il divise sa semaine en deux. En début de semaine,
il est au Sénat et en fin de semaine à Compiègne. Aujourd’hui, son
planning s’étale de 8h30 à 22 heures et c’est loin d’être une grosse
journée », affirme Damien Deneuville, son attaché parlementaire depuis
quatre ans. « Il a une connaissance des dossiers que chacun lui
reconnaît. Et dans la maison, il est pris très au sérieux et même
parfois un peu craint », ajoute Patrice Fontaine, son autre
collaborateur au Sénat et élu de l’Oise.
Au palais du Luxembourg, Philippe Marini semble bien jouir d’une
certaine reconnaissance : pas un élu, quel que soit son bord politique,
ne le croise sans échanger avec lui une affable poignée de main.
Paradoxalement, c’est grâce au basculement à gauche de la Chambre haute
du Parlement que le Compiégnois, membre de l’UMP, a été promu. En tant
que président de la commission des Finances, il est désormais le numéro
deux du Sénat. « Nicolas Sarkozy avait décidé que la commission des
Finances serait présidée par le principal groupe d’opposition à
l’Assemblée nationale. Pour équilibrer les choses, la gauche a accepté
de faire la même chose au Sénat », explique Alain Sauret, secrétaire
général du groupe UMP au Sénat.
Philippe Marini a donc été choisi pour sa connaissance des dossiers.
« Mes collègues disent que je suis le seul homme de droite gagnant dans
ce basculement du Sénat à gauche », confie ce dernier avec amusement.
Sa marge de manœuvre reste néanmoins limitée et il se cantonne à un
rôle d’arbitre. « Je suis le modérateur, le garant du bon ordre des
débats et ma fonction est respectée par tout le monde », souligne l’élu.
Après une entrevue express avec le Premier ministre, François
Fillon, à Matignon, à l’occasion de la rentrée parlementaire, Philippe
Marini est de retour en début d’après-midi au 15, rue de Vaugirard,
pour une réunion avec le groupe France-Arabie saoudite-Pays du Golfe.
Malgré l’étiquette de financier qui lui colle à la peau, le Compiégnois
possède d’autres cordes à son arc. « J’ai une grande connaissance du
monde arabe, du Moyen-Orient et du sud de la Méditerranée. Je
m’intéresse énormément aux relations internationales », confie celui
qui confie préparer un voyage en Libye pour évaluer les opportunités
d’implantations économiques et culturelles dans le pays.
Le marathon intellectuel du sénateur se poursuit. Après les pays du
Golfe, il prépare un colloque sur la fiscalité numérique. Objectif,
réfléchir aux conséquences d’une future taxation des informations ou
mails échangés sur Internet. Un sujet compliqué pour un homme qui
n’utilise pas les courriels, ne surfe jamais sur la Toile, qui a
accepté presque contraint de créer sa page Facebook et ne possède même
pas d’ordinateur sur son bureau! Mais rien ne transparaît de ses
« lacunes numériques ». Pendant son rendez-vous, Philippe Marini aura
les yeux rivés sur la pendule qui surplombe la porte d’entrée de son
bureau. Il ne doit pas être en retard pour l’entretien qui suit avec
Ramon Fernandez, le directeur général du Trésor, qui a une influence
directe sur la politique économique menée par la France. Un rendez-vous
qui restera confidentiel.
Une énième conférence, suivie d’un dîner en compagnie de Jean-Pierre
Bel, le président PS du Sénat, viendront clore sa journée. Il est
22 heures quand Philippe Marini quitte le palais du Luxembourg pour
regagner son appartement parisien. Une journée étonnamment dense, mais
finalement banale pour le sénateur-maire de Compiègne. Malgré les
sacrifices consentis, il ne prévoit pas de réduire la cadence. « Je
suis comme ça. Le seul regret que je peux avoir, c’est de ne peut-être
pas avoir consacré beaucoup de temps à mes trois enfants. C’est la
particularité d’une vie d’élu », conclut-il, un brin fataliste.
publié le 19 janv. 2012 02:12 par Damien Deneuville
Alors
que Nicolas Sarkozy a convoqué mercredi à l'Elysée un sommet de crise
consacré à l'emploi, le président UMP de la commission des finances du
Sénat assure qu'il faut attendre l'après-présidentielle pour mettre en
place une TVA sociale.
Le président de la République a-t-il raison de reporter à
fin janvier ses décisions sur les sujets qui fâchent, comme la TVA
sociale ?
S'il est normal que le président dialogue et dessine des
orientations face aux partenaires sociaux, le sommet ne peut se
substituer au Parlement pour voter l'impôt et la politique fiscale. Il
aurait été étrange que le Président soumette un projet élaboré, alors
qu'il y a bien sûr des choix techniques à faire et que ceci doit être
logiquement préparé avec le Parlement et en particulier avec la
majorité parlementaire. Le président a indiqué le cap en mettant au
cœur la question de la compétitivité et celle du financement de la
protection sociale. Maintenant, si l'on passe à l'acte comme je le
souhaite, ce n'est que dans une loi de finances rectificative que l'on
va pouvoir trouver cela avant fin février. Il faut voter des
orientations et des échéances, et si on se réfère au cas allemand, il y
a eu décision de principe bien avant la mise en œuvre. Ceci a
d'ailleurs soutenu la consommation durant la période intermédiaire, car
on consomme sûrement un peu plus avant l'augmentation du taux de TVA.
Il faut donc attendre l'après-présidentielle pour la mise en place de ce nouveau taux de TVA ?
Je crois que ce serait la meilleure façon d'être transparent
vis-à-vis du corps électoral et de le respecter. Par rapport à
d'autres, que je ne cite pas, ça veut bien dire, si on procède ainsi,
qu'on met les cartes sur la table, que chacune et chacun dispose des
éléments pour décider, sur ce sujet comme sur d'autres. L'élection
présidentielle puis les législatives se traduiront par un vote de
confirmation ou d'infirmation de ces orientations. C'est la façon la
plus correcte de procéder. Ce ne sont pas seulement des paroles et des
discours, puisqu'il y aurait un acte juridique avec une loi de finances
rectificative, mais tout cela serait appelé à s'appliquer dans le temps
et avec des contreparties. On ne peut pas remonter les taux de TVA sans
contreparties, au niveau du soutien des réménurations minimales et de
l'observation des rémunérations dans les branches d'activité.
Pensez-vous que le président de la République suivra vos recommandations ?
C'est un point de vue que j'ai soutenu déjà dans plusieurs réunions
avec des membres du gouvernement, mais je ne peux pas vous dire si le
Président va choisir cette méthode. Je n'imagine toutefois pas qu'on
puisse aller beaucoup plus vite.
Dans la majorité, tout le monde n'est pas convaincu de
l'opportunité politique de la mise en place d'une TVA sociale à moins
de cent jours du premier tour de l'élection présidentielle...
Je ne pense pas que les périodes de campagne soient des périodes où
il faut parler de tout sauf des sujets structurels et donc réellement
importants. Il est non seulement courageux, mais utile pour le débat
public que le président sortant impose ses sujets dans la campagne.
Evidemment, beaucoup de ses amis peuvent dire qu'il se crée des
difficultés, moi je n'en suis pas convaincu. Je pense et j'espère que
les discours purement flatteurs vis-à-vis de l'opinion ou qui ne
traduisent pas de vraies orientations, donc manquant de crédibilité,
seront sanctionnés lors du vote.
Quelle devrait être l'augmentation des taux de TVA ?
Deux points est un minimum pour obtenir l'effet escompté sur
l'emploi, car la TVA dite sociale est surtout un outil pour la
politique de l'emploi. Reste à voir si le différentiel est concentré
sur certains niveaux de rémunération, si le transfert se fait à partir
de cotisations purement patronales ou patronales et salariales, et s'il
y a ou non une contrepartie en matière d'abattements de charges sur les
bas salaires... Reste aussi à voir comment tout cela cadre avec plus de
flexibilité, plus de dialogue dans l'entreprise sur les règles propres
à la politique de l'emploi, et notamment la question du temps de
travail. Toutes ces mesures doivent être conçues ensemble, car on est
en train de construire une forme de «flexisécurité» à la française,
assez proche des raisonnements tenus par les Scandinaves dans les
années 90.
Par rapport à la situation d'urgence, considérez-vous
suffisante l'enveloppe de 430 millions d'euros débloquée par le
redéploiement de crédits pour financer le chômage partiel, la formation
des chômeurs et le recrutement de 1000 CDD à Pôle emploi ?
Ça me semble surtout à la mesure des possibilités. Si on me disait
que le gouvernement allait débloquer deux ou trois milliards, je ne
croirais pas à la possibilité de les trouver.
publié le 16 janv. 2012 10:51 par Damien Deneuville
1.Vous
avez été réélu sénateur de l’Oise avec Caroline Cayeux à la tête de la liste
« L’Oise Unie ». Dans le même temps, le Sénat basculait à gauche.
Quelle est votre analyse de ces résultats sénatoriaux dans l’Oise et au niveau
national ?
La liste « l'Oise
Unie », que je conduisais, a remporté 55 % des suffrages exprimés. Dans le
contexte national, cela demeure un beau résultat. Par le jeu de la
proportionnelle, Caroline CAYEUX et moi-même avons été élus avec plus de 1 200
voix, et Yves ROME et Laurence ROSSIGNOL avec 890 voix. Il est bien dommage que
notre avantage en suffrages de plus de 300 voix ne se soit pas traduit dans la
représentation parlementaire du département. Quant aux résultats nationaux, ils
sont à mes yeux le fruit de trois choses : le contexte national qui attise les
mécontentements, naturellement exploités par nos adversaires politiques ; les
craintes suscitées par la réforme territoriale, mais plus encore par la
maladresse des préfectures dans la mise en œuvre des plans départementaux de
coopération intercommunale ; enfin, dans un très grand nombre de départements,
la division, les questions de personnes, les querelles de petits chefs.
Heureusement, et grâce à l'attitude exemplaire de mon collègue et ami Alain
VASSELLE, l'Oise n'a pas donné le même triste spectacle.
2.Vous
êtes devenu président de la prestigieuse Commission des finances, ce qui fait
de vous le second personnage du Sénat et témoigne du respect et de la confiance
que vous portent vos collègues. Néanmoins, comme le Sénat, la Commission des
finances est majoritairement à gauche. Vous êtes donc, en quelque sorte, en
situation de « cohabitation ». Comment le ressentez-vous et quelle
est votre marge de manœuvre ?
La Commission
des Finances comporte 49 membres, dont 24 pour l'UMP, l'union centriste et
républicaine et les non inscrits et 25 pour le parti socialiste, le parti
communiste et les radicaux de gauche. Je suis en cohabitation, d'abord avec le
Rapporteur Général, fonction que j'exerçais auparavant, et qui est confiée à
Nicole BRICQ, Sénateur socialiste de Seine et Marne, et ensuite avec les
membres de la nouvelle majorité sénatoriale. Ma capacité d'initiative est donc
beaucoup plus réduite en termes législatifs, même s'il est toujours possible de
susciter, à propos de questions d'ordre technique, un consensus des membres de
la commission. Mon rôle devient plus politique, car il m'appartient de relever
les incohérences de la nouvelle majorité du Sénat, qui se voit elle-même comme
un laboratoire pour le "prochain" président, François HOLLANDE, tel
qu'il se désigne lui-même. Ainsi, dans le cadre du débat sur la Loi de
Finances, le PS et ses alliés n'ont pas hésité à créer des milliards d'euros
d'impôts supplémentaires, à l'encontre des classes moyennes, par l'abaissement
à 50 000 € du seuil d'exonération des successions, par le durcissement de la
fiscalité de l'épargne, et sur les entreprises, par la suppression, dans une
très large mesure, de la possibilité de déduire les charges financières du
résultat… Le vote intervenu sur ce dernier point est d'ailleurs incroyable :
les auteurs de l'amendement ne se rendaient pas compte de son impact
économique…
3.Bien
que vous parcouriez régulièrement l’Oise et ses 693 communes, la campagne
sénatoriale 2011 vous a vu sillonner le département dans tous les sens, du Nord
au Sud et d’Est en Ouest. Qu’en avez-vous retenu ?
La campagne
m'a beaucoup apporté et appris. Avec Alain VASSELLE et Caroline CAYEUX, nous
avons visité plus de 500 communes. J'ai rencontré des élus très motivés, et
dans les plus petites communes, une présence toujours très forte du bénévolat.
C'est ce qui m'a donné l'idée, avec mon ami le Député Olivier DASSAULT, de
créer un prix Marcel DASSAULT pour l'initiative bénévole des conseillers
municipaux. Les uns construisent un mur, les autres restaurent les peintures de
l'église, les troisièmes réalisent l'assise d'un bâtiment technique, etc.
Nombre d'entre vous ont répondu à l'appel à candidatures que j'ai lancé, et les
trophées seront remis, dans le cadre de la réunion de vœux que j'organise avec
Caroline CAYEUX le lundi 30 janvier 2012 à 18 H 00 à la Salle des Fêtes de
Catenoy.
4.Depuis
plusieurs mois, les économies mondiales et surtout occidentales semblent
happées par une spirale infernale sous le poids de leurs dettes vertigineuses
et de leurs déficits chroniques, victimes de leurs mauvaises habitudes de
fonctionnement à crédit et d’argent facile. Le vrai problème de ces « Etats
providence » n’est-il-pas leur volonté d’assumer trop de responsabilités ?
Ne dit-on pas « Qui trop étreint mal embrasse ? ».
Il est vrai
que la globalisation a créé de réels problèmes de compétitivité pour les
entreprises des pays dont le niveau de protection sociale est élevé. Dans la
zone euro, ces difficultés sont aggravées par les aspects contradictoires de la
construction européenne. C'est pourquoi des marges de manœuvre doivent être
recherchées, en particulier dans le domaine de la fiscalité. Le financement de
la sécurité sociale ne peut plus reposer dans des proportions aussi élevées sur
les charges qui impactent le coût du travail. Je suis partisan de fiscaliser le
financement des régimes sociaux obligatoires, en ayant recours à l'impôt de
consommation, c'est-à-dire la TVA, qui frappe les produits importés aussi bien
que ceux produits sur notre sol. Naturellement, et quelles que soient les
solutions qui seront apportées dans les prochaines semaines ou les prochains
mois aux problèmes structurels de la zone euro, chacun de nos Etats, et donc la
France en particulier, devra veiller à un meilleur contrôle de l'efficacité des
dépenses publiques et sociales. La lutte contre la fraude devra s'amplifier.
Les abus et l'esprit d'assistanat minent en effet la crédibilité de notre
modèle social.
5.Ce
n’est pas la première crise économique que traverse notre planète. Cependant,
pour la première fois, des chefs de gouvernements sont directement poussés vers
la sortie sans même passer par la case élection. N’est-ce pas le symbole du
triomphe des marchés et de l’effacement du politique derrière la puissance
financière ?
Il y a au
moins un Etat qui vient de passer par la case des élections : l'Espagne, qui a
sèchement renvoyé les socialistes. En Grèce, le gouvernement de Monsieur
PAPANDREOU était décrédibilisé par les promesses non tenues qu'il avait faites
à ses partenaires, en même temps que par son incapacité à réformer assez vite
un pays qui n'a jamais été au standard européen. Pour ce qui est de l'Italie,
il est probable que la chute de Monsieur BERLUSCONI se serait produite indépendamment
du contexte extérieur, qui a simplement accéléré une perte de confiance que le
comportement du Président du Conseil suffit à expliquer… Prenons un dernier
exemple : la Belgique est ingouvernable depuis 18 mois, dans une situation de
blocage institutionnel sans précédent, et je trouve que les marchés financiers
et les agences de notation ont été d'une extrême patience à son sujet… Quand le
politique n'est pas respectable, faut-il incriminer la "puissance
financière" ?
6.La
crise que nous traversons met l’Europe à l’épreuve. Ne révèle-t-elle cependant
les défauts de cette construction européenne ?
Comme vous le
savez, j'ai voté non au traité de Maastricht parce que j'estimais que la
construction était incomplète et incohérente. Il ne peut y avoir de zone
monétaire intégrée sans convergence des politiques fiscales et des prix de
revient de production en son sein. Il ne peut y avoir de véritable intégration
économique sans une politique monétaire dont les objectifs aillent au-delà du
contrôle du niveau général des prix. Les bien-pensants euro-béats ont fait mine
de croire que tout cela se règlerait naturellement avec le temps. La crise des
dettes souveraines nous remet tout simplement les pieds sur terre.
7.Fort
de sondages mirobolants, François Hollande a récemment déclaré qu’il n’était
« pas un contre-président mais le prochain président ». Comment
voyez-vous l’élection présidentielle ?
Cette
déclaration de François HOLLANDE, par ce qu'elle révèle de fatuité, a beaucoup
fait pour que nombre de nos concitoyens le regardent de manière plus réaliste.
Aujourd'hui, les contradictions du parti socialiste le placent en plein jour.
Pour gouverner, il lui faut un accord avec les verts, et il lui faudra
s'entendre avec l'extrême gauche. Mais de tels accords ou ententes rendraient
une nouvelle "majorité plurielle" littéralement ingouvernable, tant
les surenchères seront élevées de part et d'autre. Ce n'est pas pour autant que
Nicolas SARKOZY soit assuré de l'emporter, bien loin de là. On peut simplement
dire, en cette fin d'année, qu'il a retrouvé le soutien d'un large socle
d'électrices et d'électeurs, et soudé autour de lui la base à partir de
laquelle sa campagne va pouvoir vraiment démarrer. Tout est incertain, mais
tout est encore possible.
8.Pour
la première fois, l’une des questions du débat présidentiel portera sur le
nucléaire. La gauche veut en effet, plus ou moins, réduire la part de cette
source dans le bouquet énergétique français. Qu’en pensez-vous ?
Réduire en
quelques années à 50 % la part d'électricité issue de l'énergie nucléaire
représenterait un formidable gâchis, et nos concitoyens comprennent bien qu'en
un temps où les ressources publiques sont rares, il serait absurde de consacrer
des dizaines de milliards d'euros à transformer, sans aucune nécessité, notre
bouquet énergétique. Un tel effort, pour se doter de centrales plus polluantes,
et pour nous rendre encore plus dépendants de l'extérieur, serait tout
simplement dramatique pour notre pays. Le monde entier nous envie notre
industrie nucléaire. Réduire ses ambitions serait profondément contraire à
notre intérêt national.
9.Même
si vous êtes avant tout réputé pour votre maîtrise des dossiers économiques et
financiers, vous êtes un observateur avisé de la diplomatie et de la politique
internationale avec un œil particulier pour le Proche-Orient ce qui vous avait
d’ailleurs valu une mission du Président de la République voici deux ans.
Comment interprétez-vous les révolutions tunisiennes, égyptiennes, et
libyennes, sans oublier le Yémen et la Syrie !
On a présenté
de manière romantique le printemps arabe. Pour juger de la portée historique de
ce phénomène, mieux vaut attendre encore un peu. C'est un progrès de voir les
peuples s'exprimer par le suffrage, mais il n'est pas certain, loin de là, que
les pouvoirs qui en seront issus soient plus favorables à nos intérêts, et
soient désireux de rechercher la paix et l'équilibre dans les relations
internationales. Bien sûr, cette appréciation doit être nuancée par la prise en
considération des facteurs spécifiques de chaque pays, car, s'il existe une
grande culture arabe et des mouvements d'opinion publique qui traversent tous
les pays arabes, l'unité imaginée dans les années 50/60 et 70 n'était qu'un
rêve du Colonel NASSER !
10.Depuis
longtemps, vous êtes partisan de la TVA sociale malheureusement diabolisée par
le PS alors qu’elle s’avère un instrument de compétitivité pour les entreprises
française et un moyen d’augmenter les salaires. Pensez-vous que le candidat
Sarkozy osera la proposer en 2012, et que diriez-vous aux sceptiques pour les
convaincre de la pertinence de cette mesure ?
Le Président
de la République n'est pas encore en campagne, et le programme du candidat
n'est pas encore connu. Il n'en reste pas moins qu'il puisera sans doute sa
substance dans les travaux menés sous l'égide de Bruno LE MAIRE au niveau de
notre mouvement politique, l'UMP. Et vous savez que la mise en œuvre d'une
nouvelle stratégie fiscale y figure, au cœur des enjeux. Relever l'impôt de
consommation, en concevant une bonne hiérarchie des taux selon les besoins
économiques et sociaux, et diminuer simultanément le coût du travail,
représente en effet l'une des rares marges de manœuvre dont on puisse disposer
au sein d'une zone monétaire intégrée. La proposition est donc pertinente et
cohérente, si l'on veut la pérennité de l'euro. Mais il s'agit d'une opération
extrêmement complexe, tant sur le plan politique que sur le plan technique :
une multitude d'entreprises devra arbitrer l'avantage dont elles bénéficieront
entre le financement de leurs investissements, la baisse de leurs prix de
vente, et la revalorisation de leurs salaires… Au moins, reconnaissons un
avantage de la période actuelle : chacune et chacun se rendent bien compte que
le système existant est à bout de souffle. C'est un temps particulièrement
efficace pour la prise de conscience et la pédagogie.
publié le 16 janv. 2012 01:35 par Damien Deneuville
L'agence de notation
financière Standard & Poor's a décidé de dégrader la France. « Le
spread français correspondait déjà à un niveau de notation inférieur.
Les marchés aussi ont déjà anticipé », minimise le président de la
commission des finances du Sénat, l’UMP Philippe Marini.
La perte du triple n’est pas une surprise. Quelle est votre réaction ?
C’est un événement qui a mon avis a été banalisé par avance par tous
les débats et commentaires qui ont eu lien. Les conséquences en termes
de financement sont probablement déjà intégrées par les marchés. Ceci
ne mérite pas de susciter un grand émoi. Et cela montre bien la
nécessité de prendre des mesures structurelles, de ne pas perdre de
temps et de s’attaquer, avec le levier fiscal, à la question de la
compétitivité de nos entreprises.
Le taux d’emprunt de la France va-t-il encore bouger ?
D’après ce que me disent les spécialistes, le spread français
(différence entre le taux français et allemand, ndlr) correspondait
déjà à un niveau de notation inférieur. Les marchés aussi ont déjà
anticipé.
Valérie Pécresse affirme que « la France est une valeur sûre ». Cette dégradation vous parait-elle justifiée ?
Que la France soit une valeur beaucoup plus sûre que nombre d’Etats,
c’est une certitude. Après, je ne suis pas analyste financier, je n’ai
aucune responsabilité chez S&P, je ne suis pas le mieux placé pour
répondre.
On prête ces mots à Nicolas Sarkozy : « Si on perd notre
triple A, je suis mort ». C’est une difficulté de plus pour la
présidentielle ? On ne prête qu’aux riches mais ce propos
ne me semble pas avoir été officiellement tenu. Il n’a probablement
jamais été tenu. C’est un jeu assez naturel que de faire des
commentaires. Nul ne pensait que le chemin vers la réélection, qui à
mon avis a encore de réelles chances, serait un chemin pavé de
facilités et une promenade de santé.