Quand vers 9 heures la plupart des membres du Sénat arrivent au palais du Luxembourg, à Paris, Philippe Marini, le sénateur-maire UMP de Compiègne, est déjà dans les murs depuis longtemps. Devant un café et quelques viennoiseries, il s’entretient déjà avec Michel Casals, président de la chambre de commerce franco-libyenne. Sénateur depuis 1992, rapporteur général du budget pendant treize ans et désormais président de la commission des Finances, Philippe Marini est décrit comme un travailleur acharné. La preuve est là, s’il en était besoin. « C’est un boulimique de travail. Il ne s’arrête jamais. En général, il divise sa semaine en deux. En début de semaine, il est au Sénat et en fin de semaine à Compiègne. Aujourd’hui, son planning s’étale de 8h30 à 22 heures et c’est loin d’être une grosse journée », affirme Damien Deneuville, son attaché parlementaire depuis quatre ans. « Il a une connaissance des dossiers que chacun lui reconnaît. Et dans la maison, il est pris très au sérieux et même parfois un peu craint », ajoute Patrice Fontaine, son autre collaborateur au Sénat et élu de l’Oise. Au palais du Luxembourg, Philippe Marini semble bien jouir d’une certaine reconnaissance : pas un élu, quel que soit son bord politique, ne le croise sans échanger avec lui une affable poignée de main. Paradoxalement, c’est grâce au basculement à gauche de la Chambre haute du Parlement que le Compiégnois, membre de l’UMP, a été promu. En tant que président de la commission des Finances, il est désormais le numéro deux du Sénat. « Nicolas Sarkozy avait décidé que la commission des Finances serait présidée par le principal groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Pour équilibrer les choses, la gauche a accepté de faire la même chose au Sénat », explique Alain Sauret, secrétaire général du groupe UMP au Sénat. Philippe Marini a donc été choisi pour sa connaissance des dossiers. « Mes collègues disent que je suis le seul homme de droite gagnant dans ce basculement du Sénat à gauche », confie ce dernier avec amusement. Sa marge de manœuvre reste néanmoins limitée et il se cantonne à un rôle d’arbitre. « Je suis le modérateur, le garant du bon ordre des débats et ma fonction est respectée par tout le monde », souligne l’élu. Après une entrevue express avec le Premier ministre, François Fillon, à Matignon, à l’occasion de la rentrée parlementaire, Philippe Marini est de retour en début d’après-midi au 15, rue de Vaugirard, pour une réunion avec le groupe France-Arabie saoudite-Pays du Golfe. Malgré l’étiquette de financier qui lui colle à la peau, le Compiégnois possède d’autres cordes à son arc. « J’ai une grande connaissance du monde arabe, du Moyen-Orient et du sud de la Méditerranée. Je m’intéresse énormément aux relations internationales », confie celui qui confie préparer un voyage en Libye pour évaluer les opportunités d’implantations économiques et culturelles dans le pays. Le marathon intellectuel du sénateur se poursuit. Après les pays du Golfe, il prépare un colloque sur la fiscalité numérique. Objectif, réfléchir aux conséquences d’une future taxation des informations ou mails échangés sur Internet. Un sujet compliqué pour un homme qui n’utilise pas les courriels, ne surfe jamais sur la Toile, qui a accepté presque contraint de créer sa page Facebook et ne possède même pas d’ordinateur sur son bureau! Mais rien ne transparaît de ses « lacunes numériques ». Pendant son rendez-vous, Philippe Marini aura les yeux rivés sur la pendule qui surplombe la porte d’entrée de son bureau. Il ne doit pas être en retard pour l’entretien qui suit avec Ramon Fernandez, le directeur général du Trésor, qui a une influence directe sur la politique économique menée par la France. Un rendez-vous qui restera confidentiel. Une énième conférence, suivie d’un dîner en compagnie de Jean-Pierre Bel, le président PS du Sénat, viendront clore sa journée. Il est 22 heures quand Philippe Marini quitte le palais du Luxembourg pour regagner son appartement parisien. Une journée étonnamment dense, mais finalement banale pour le sénateur-maire de Compiègne. Malgré les sacrifices consentis, il ne prévoit pas de réduire la cadence. « Je suis comme ça. Le seul regret que je peux avoir, c’est de ne peut-être pas avoir consacré beaucoup de temps à mes trois enfants. C’est la particularité d’une vie d’élu », conclut-il, un brin fataliste. |

