1. Vous avez été réélu sénateur de l’Oise avec Caroline Cayeux à la tête de la liste « L’Oise Unie ». Dans le même temps, le Sénat basculait à gauche. Quelle est votre analyse de ces résultats sénatoriaux dans l’Oise et au niveau national ?
La liste « l'Oise Unie », que je conduisais, a remporté 55 % des suffrages exprimés. Dans le contexte national, cela demeure un beau résultat. Par le jeu de la proportionnelle, Caroline CAYEUX et moi-même avons été élus avec plus de 1 200 voix, et Yves ROME et Laurence ROSSIGNOL avec 890 voix. Il est bien dommage que notre avantage en suffrages de plus de 300 voix ne se soit pas traduit dans la représentation parlementaire du département. Quant aux résultats nationaux, ils sont à mes yeux le fruit de trois choses : le contexte national qui attise les mécontentements, naturellement exploités par nos adversaires politiques ; les craintes suscitées par la réforme territoriale, mais plus encore par la maladresse des préfectures dans la mise en œuvre des plans départementaux de coopération intercommunale ; enfin, dans un très grand nombre de départements, la division, les questions de personnes, les querelles de petits chefs. Heureusement, et grâce à l'attitude exemplaire de mon collègue et ami Alain VASSELLE, l'Oise n'a pas donné le même triste spectacle.
2. Vous êtes devenu président de la prestigieuse Commission des finances, ce qui fait de vous le second personnage du Sénat et témoigne du respect et de la confiance que vous portent vos collègues. Néanmoins, comme le Sénat, la Commission des finances est majoritairement à gauche. Vous êtes donc, en quelque sorte, en situation de « cohabitation ». Comment le ressentez-vous et quelle est votre marge de manœuvre ?
La Commission des Finances comporte 49 membres, dont 24 pour l'UMP, l'union centriste et républicaine et les non inscrits et 25 pour le parti socialiste, le parti communiste et les radicaux de gauche. Je suis en cohabitation, d'abord avec le Rapporteur Général, fonction que j'exerçais auparavant, et qui est confiée à Nicole BRICQ, Sénateur socialiste de Seine et Marne, et ensuite avec les membres de la nouvelle majorité sénatoriale. Ma capacité d'initiative est donc beaucoup plus réduite en termes législatifs, même s'il est toujours possible de susciter, à propos de questions d'ordre technique, un consensus des membres de la commission. Mon rôle devient plus politique, car il m'appartient de relever les incohérences de la nouvelle majorité du Sénat, qui se voit elle-même comme un laboratoire pour le "prochain" président, François HOLLANDE, tel qu'il se désigne lui-même. Ainsi, dans le cadre du débat sur la Loi de Finances, le PS et ses alliés n'ont pas hésité à créer des milliards d'euros d'impôts supplémentaires, à l'encontre des classes moyennes, par l'abaissement à 50 000 € du seuil d'exonération des successions, par le durcissement de la fiscalité de l'épargne, et sur les entreprises, par la suppression, dans une très large mesure, de la possibilité de déduire les charges financières du résultat… Le vote intervenu sur ce dernier point est d'ailleurs incroyable : les auteurs de l'amendement ne se rendaient pas compte de son impact économique…
3. Bien que vous parcouriez régulièrement l’Oise et ses 693 communes, la campagne sénatoriale 2011 vous a vu sillonner le département dans tous les sens, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Qu’en avez-vous retenu ?
La campagne m'a beaucoup apporté et appris. Avec Alain VASSELLE et Caroline CAYEUX, nous avons visité plus de 500 communes. J'ai rencontré des élus très motivés, et dans les plus petites communes, une présence toujours très forte du bénévolat. C'est ce qui m'a donné l'idée, avec mon ami le Député Olivier DASSAULT, de créer un prix Marcel DASSAULT pour l'initiative bénévole des conseillers municipaux. Les uns construisent un mur, les autres restaurent les peintures de l'église, les troisièmes réalisent l'assise d'un bâtiment technique, etc. Nombre d'entre vous ont répondu à l'appel à candidatures que j'ai lancé, et les trophées seront remis, dans le cadre de la réunion de vœux que j'organise avec Caroline CAYEUX le lundi 30 janvier 2012 à 18 H 00 à la Salle des Fêtes de Catenoy.
4. Depuis plusieurs mois, les économies mondiales et surtout occidentales semblent happées par une spirale infernale sous le poids de leurs dettes vertigineuses et de leurs déficits chroniques, victimes de leurs mauvaises habitudes de fonctionnement à crédit et d’argent facile. Le vrai problème de ces « Etats providence » n’est-il-pas leur volonté d’assumer trop de responsabilités ? Ne dit-on pas « Qui trop étreint mal embrasse ? ».
Il est vrai que la globalisation a créé de réels problèmes de compétitivité pour les entreprises des pays dont le niveau de protection sociale est élevé. Dans la zone euro, ces difficultés sont aggravées par les aspects contradictoires de la construction européenne. C'est pourquoi des marges de manœuvre doivent être recherchées, en particulier dans le domaine de la fiscalité. Le financement de la sécurité sociale ne peut plus reposer dans des proportions aussi élevées sur les charges qui impactent le coût du travail. Je suis partisan de fiscaliser le financement des régimes sociaux obligatoires, en ayant recours à l'impôt de consommation, c'est-à-dire la TVA, qui frappe les produits importés aussi bien que ceux produits sur notre sol. Naturellement, et quelles que soient les solutions qui seront apportées dans les prochaines semaines ou les prochains mois aux problèmes structurels de la zone euro, chacun de nos Etats, et donc la France en particulier, devra veiller à un meilleur contrôle de l'efficacité des dépenses publiques et sociales. La lutte contre la fraude devra s'amplifier. Les abus et l'esprit d'assistanat minent en effet la crédibilité de notre modèle social.
5. Ce n’est pas la première crise économique que traverse notre planète. Cependant, pour la première fois, des chefs de gouvernements sont directement poussés vers la sortie sans même passer par la case élection. N’est-ce pas le symbole du triomphe des marchés et de l’effacement du politique derrière la puissance financière ?
Il y a au moins un Etat qui vient de passer par la case des élections : l'Espagne, qui a sèchement renvoyé les socialistes. En Grèce, le gouvernement de Monsieur PAPANDREOU était décrédibilisé par les promesses non tenues qu'il avait faites à ses partenaires, en même temps que par son incapacité à réformer assez vite un pays qui n'a jamais été au standard européen. Pour ce qui est de l'Italie, il est probable que la chute de Monsieur BERLUSCONI se serait produite indépendamment du contexte extérieur, qui a simplement accéléré une perte de confiance que le comportement du Président du Conseil suffit à expliquer… Prenons un dernier exemple : la Belgique est ingouvernable depuis 18 mois, dans une situation de blocage institutionnel sans précédent, et je trouve que les marchés financiers et les agences de notation ont été d'une extrême patience à son sujet… Quand le politique n'est pas respectable, faut-il incriminer la "puissance financière" ?
6. La crise que nous traversons met l’Europe à l’épreuve. Ne révèle-t-elle cependant les défauts de cette construction européenne ?
Comme vous le savez, j'ai voté non au traité de Maastricht parce que j'estimais que la construction était incomplète et incohérente. Il ne peut y avoir de zone monétaire intégrée sans convergence des politiques fiscales et des prix de revient de production en son sein. Il ne peut y avoir de véritable intégration économique sans une politique monétaire dont les objectifs aillent au-delà du contrôle du niveau général des prix. Les bien-pensants euro-béats ont fait mine de croire que tout cela se règlerait naturellement avec le temps. La crise des dettes souveraines nous remet tout simplement les pieds sur terre.
7. Fort de sondages mirobolants, François Hollande a récemment déclaré qu’il n’était « pas un contre-président mais le prochain président ». Comment voyez-vous l’élection présidentielle ?
Cette déclaration de François HOLLANDE, par ce qu'elle révèle de fatuité, a beaucoup fait pour que nombre de nos concitoyens le regardent de manière plus réaliste. Aujourd'hui, les contradictions du parti socialiste le placent en plein jour. Pour gouverner, il lui faut un accord avec les verts, et il lui faudra s'entendre avec l'extrême gauche. Mais de tels accords ou ententes rendraient une nouvelle "majorité plurielle" littéralement ingouvernable, tant les surenchères seront élevées de part et d'autre. Ce n'est pas pour autant que Nicolas SARKOZY soit assuré de l'emporter, bien loin de là. On peut simplement dire, en cette fin d'année, qu'il a retrouvé le soutien d'un large socle d'électrices et d'électeurs, et soudé autour de lui la base à partir de laquelle sa campagne va pouvoir vraiment démarrer. Tout est incertain, mais tout est encore possible.
8. Pour la première fois, l’une des questions du débat présidentiel portera sur le nucléaire. La gauche veut en effet, plus ou moins, réduire la part de cette source dans le bouquet énergétique français. Qu’en pensez-vous ?
Réduire en quelques années à 50 % la part d'électricité issue de l'énergie nucléaire représenterait un formidable gâchis, et nos concitoyens comprennent bien qu'en un temps où les ressources publiques sont rares, il serait absurde de consacrer des dizaines de milliards d'euros à transformer, sans aucune nécessité, notre bouquet énergétique. Un tel effort, pour se doter de centrales plus polluantes, et pour nous rendre encore plus dépendants de l'extérieur, serait tout simplement dramatique pour notre pays. Le monde entier nous envie notre industrie nucléaire. Réduire ses ambitions serait profondément contraire à notre intérêt national.
9. Même si vous êtes avant tout réputé pour votre maîtrise des dossiers économiques et financiers, vous êtes un observateur avisé de la diplomatie et de la politique internationale avec un œil particulier pour le Proche-Orient ce qui vous avait d’ailleurs valu une mission du Président de la République voici deux ans. Comment interprétez-vous les révolutions tunisiennes, égyptiennes, et libyennes, sans oublier le Yémen et la Syrie !
On a présenté de manière romantique le printemps arabe. Pour juger de la portée historique de ce phénomène, mieux vaut attendre encore un peu. C'est un progrès de voir les peuples s'exprimer par le suffrage, mais il n'est pas certain, loin de là, que les pouvoirs qui en seront issus soient plus favorables à nos intérêts, et soient désireux de rechercher la paix et l'équilibre dans les relations internationales. Bien sûr, cette appréciation doit être nuancée par la prise en considération des facteurs spécifiques de chaque pays, car, s'il existe une grande culture arabe et des mouvements d'opinion publique qui traversent tous les pays arabes, l'unité imaginée dans les années 50/60 et 70 n'était qu'un rêve du Colonel NASSER !
10. Depuis longtemps, vous êtes partisan de la TVA sociale malheureusement diabolisée par le PS alors qu’elle s’avère un instrument de compétitivité pour les entreprises française et un moyen d’augmenter les salaires. Pensez-vous que le candidat Sarkozy osera la proposer en 2012, et que diriez-vous aux sceptiques pour les convaincre de la pertinence de cette mesure ?
Le Président de la République n'est pas encore en campagne, et le programme du candidat n'est pas encore connu. Il n'en reste pas moins qu'il puisera sans doute sa substance dans les travaux menés sous l'égide de Bruno LE MAIRE au niveau de notre mouvement politique, l'UMP. Et vous savez que la mise en œuvre d'une nouvelle stratégie fiscale y figure, au cœur des enjeux. Relever l'impôt de consommation, en concevant une bonne hiérarchie des taux selon les besoins économiques et sociaux, et diminuer simultanément le coût du travail, représente en effet l'une des rares marges de manœuvre dont on puisse disposer au sein d'une zone monétaire intégrée. La proposition est donc pertinente et cohérente, si l'on veut la pérennité de l'euro. Mais il s'agit d'une opération extrêmement complexe, tant sur le plan politique que sur le plan technique : une multitude d'entreprises devra arbitrer l'avantage dont elles bénéficieront entre le financement de leurs investissements, la baisse de leurs prix de vente, et la revalorisation de leurs salaires… Au moins, reconnaissons un avantage de la période actuelle : chacune et chacun se rendent bien compte que le système existant est à bout de souffle. C'est un temps particulièrement efficace pour la prise de conscience et la pédagogie. |

